La Commission des Réguliers

dimanche 2 juin 2013
par  Mr VARIN Eric
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Le Siècle des Lumières ou le déclin des abbayes.

Au XVIIIème siècle, les abbayes sont en mauvaise posture, n’arrivant pas à se relever du régime de la commende, vivant selon un modèle (seigneurial) inadapté à la nouvelle société, alors que le siècle des Lumières juge durement ces hommes oisifs, « inutiles à l’Etat » –en 1763, les Jésuites sont bannis de France -.

Aussi, au milieu du siècle, on estime à 35.000 le nombre de religieux en France, avant que ne sévisse une crise importante du recrutement après 1750, avec une très grande majorité d’abbayes ne comptant pas plus de 10 moines.

La Commission des Réguliers…

Dès 1766, l’Assemblée du clergé souligne la nécessité de réformer les abus, et de créer une commission (de dignitaires ecclésiastiques) pour mener à bien cette Réforme. En ne transmettant pas cette demande au Saint Siège, Louis XV affiche son ambition de vouloir régler seul la réorganisation de ces communautés religieuses. Aussi est créée une Commission Royale des Réguliers (Arrêt royal du 31 juillet 1766). Devant enquêter et faire des propositions, la Commission est composée de 5 conseillers d’Etat (laïcs) et 5 archevêques, parmi lesquels, l’archevêque de Toulouse, Loménie de Brienne, est désigné comme rapporter de cette commission.

Par l’arrêt du 03/04/1767, le Roi imposa la réunion du chapitre général de chaque congrégation, décrétant lui-même les dates de ces assemblées. Dans le même temps, le Roi ordonne la suppression des monastères sous peuplés.

Les Travaux de la Commission de la Hache…

Non seulement cette commission n’accueillit aucun régulier, mais elle ignora les remarques émanant des monastères, du Saint Siège, des Evêques…En préférant l’autorité à la discussion et à la négociation, la commission fut immédiatement désignée sous le terme de Commission de la Hache, tant sa position tranchait, dans le vif, pour répondre au déclin de ces congrégations religieuses.

La commission travailla sur tous les sujets intéressant le monachisme. Ainsi, l’âge des vœux est relevé de 16 à 21 ans pour les Hommes et à 18 ans pour les Femmes (Mars 1768). Ce relèvement ne permit pas de lutter contre la crise des vocations. D’un autre côté, la Commission exigea la rédaction des constitutions, tout en abolissant l’exemption (1773).En soumettant toutes les fondations au pouvoir des évêques, la commission permit donc à l’Evêque de supprimer les monastères, dont l’effectif était trop faible, et de récupérer les revenus de ces abbayes.

Pour exister, on exigea qu’un monastère indépendant compte au moins 16 religieux, alors qu’une abbaye affiliée devait compter 9 religieux. Les travaux de la commission amenèrent à la fermeture de 426 établissements monastiques sur un total de 2972. Neufs ordres furent supprimés entre 1770 et 1780, et leurs membres, dotés d’une rente viagère, passèrent dans le clergé séculier :

- Ancienne Observance de Cluny

- Ordre Camaldule

- Ordre de Grandmont

- Ordre des Célestins

- Ordre de Saint Guillaume

- Les Antonins

- Ordre de Saint Ruf

- Ordre de la Sainte Croix

- Servite de Marie

Un objectif atteint ??

Censé réformer la vie régulière, la commission durcit les règles et contraint u grand nombre d’abbayes à fermer leur porte. Les contestations se font de plus en plus vives ; l’Assemblée du clergé dénonçant l’arbitraire de cette commission ; les papes, Clement XIV et Pie VI protestent en ce qui concerne la légitimité de la commission ; …Néanmoins, le roi obtient la ratification de toute les décisions de la commission, et ce même si certains se battent de nombreuses avec acharnement (L’abbé de GRANDMONT défendra, en vain, l’existence de l’ordre de Saint Etienne de MURET pendant plus de 6 ans). En fait, les deux grands édits (1768 et 1773), issus de cette commission, empiétaient sur le domaine de l’Eglise en légiférant sur l’organisation du clergé régulier.

Cependant, l’unanimité se fait contre la commission, qui est dissoute le 19 mars 1780, remplacée, le jour même, par la Commission des Unions, dont l’action sera bien moins virulente, et plus apaisée – la présidence du Garde des Sceaux explique, en partie, cet immobilisme, même si les membres de la Commission des Réguliers sont immédiatement nommés dans cette nouvelle commission -.

En légiférant ainsi sur l’Eglise, cette Commission initiera les volontés législatives de la Révolution sur les ordres religieux.

 

Bibliographie : La Commission des Réguliers. 1766-1780. LEMAIRE, Suzanne. Paris . TENIN. In 8° de XIV – 258 pages (L207)

 La Commission des Réguliers. ROUSSET Maurice in Revue d’Histoire de l’Eglise de France. Année 1927. Volume 13. N° 58, pp. 73-76

 


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